Interview Jean François Poussard à propos des nouvelles extensions internet

  • 24-12-2014

Jean-Francois_PoussardA propos de Jean François Poussard

Peux-tu te présenter en quelques mots pour mes lecteurs qui ne te connaissent pas encore ?
Je m’appelle Jean-François Poussard. Je vais sur mes 33 ans tout début janvier2015. Je suis né à Niort dans les Deux Sèvres en France mais j’ai passé la majorité de ma vie à Mont-de-Marsan dans Les Landes, Bordeaux et Marseille. Je suis de retour à Bordeaux depuis 2010. J’ai rejoint l’agence internet Systonic pour y diriger les activités noms de domaine sous les marques ProDomaines (activité de registrar accrédité ICANN) et Keep Alert (détection de cybersquatting de noms de domaine).

Raconte-nous comment es-tu tombé dans ce secteur. Et depuis quand tu es devenu spécialiste du marché des noms de domaine ? Comment as-tu fais ?
Après un DUT information et communication et un travail en parallèle auprès du journal « Sud Ouest », je suis parti à Aix-en-Provence pour obtenir une licence marketing et réseaux. J’ai continué à écrire pour le journal « La Marseillaise ». Mon stage de fin d’études a été réalisé début 2004 auprès d’un jeune bureau d’enregistrement de noms de domaine « Mailclub » pour y créer et animer un site d’informations sur les noms de domaine. En quelques mois, les lecteurs sont devenus des prospects, les prospects sont devenus des clients et j’ai pris la direction commerciale de la société. A l’époque, le .FR était uniquement réservé aux sociétés françaises qui devaient justifier d’un droit au nom ; il fallait même faxer une lettre d’engagement à l’AFNIC, le registre des noms de domaine français !
Durant six ans, nous avons construit une belle expertise sur le marché « corporate » des noms de domaine. En 2010, Systonic m’approche en me présentant Keep Alert une plateforme innovante de détection de cybersquatting noms de domaine. J’ai alors fait le tour de la question chez « Mailclub » et des changements importants dans ma vie personnelle m’encouragent à tenter ce pari un peu fou.
La technologie est ultra innovante pilotée par un directeur technique avec qui j’accroche immédiatement : Anthony Don. Systonic n’a pas de réseau dans le milieu corporate des noms de domaine dominé alors par les juristes d’entreprises ou de cabinets d’avocats, CPI. Nous débutons avec seulement 3 000 euros de chiffre d’affaires à mon arrivée. Très rapidement, les principaux cabinets juridiques mettent en place des surveillances de noms de domaine auprès de Keep Alert. Plusieurs entreprises comme le groupe Chèque Déjeuner, Leclerc ou Le Bon Coin nous font également confiance et nous demandent de gérer également leurs noms de domaine. Nous accréditons notre marque ProDomaines auprès des principaux registres comme l’ICANN, l’Afnic ou l’EURid pour proposer un niveau de service d’excellence à des tarifs entreprises corrects.
En 2014, nos équipes noms de domaine comptent désormais une dizaine de collaborateurs. Nous gérons plusieurs dizaines de milliers de noms de domaine dans l’ensemble des extensions internet. Nous surveillons de très grandes marques du monde entier ; 30 % du chiffre d’affaires de Keep Alert est réalisé à l’export. Le pari un peu fou de 2010 est en passe d’être réalisé grâce une formidable équipe et un socle technologique robuste et innovant.

Qu’aimes-tu le plus et le moins dans ton métier ?
J’ai beaucoup apprécié lors de mes expériences journalistiques précédentes la diversité des sujets abordés. Chaque jour, j’ai découvert de nouvelles choses en passant de la couverture d’une foire artisanale au tournage d’une série avec Laetitia Casta.
Je retrouve chaque jour cette diversité à travers les noms de domaine. La stratégie diffère selon les secteurs d’activités des clients. Tu passes aussi bien d’une charge de nommage pour des montres de luxe à une marque de locations de vacances puis à celle de pompes hydrauliques. C’est extrêmement enrichissant intellectuellement.
Le marché des noms de domaine évolue aussi chaque jour. Rien n’est figé. Je donne des cours sur ces sujets et je renouvelle presque 50 % de mon contenu d’une année à l’autre tellement le contexte change rapidement. Cette année 2014 a été un record avec l’introduction de plus de 400 nouvelles extensions internet.
J’adore transmettre l’expertise que j’ai développé sur les noms de domaine depuis 10 ans à nos clients, prospects mais aussi aux étudiants. J’éprouve du plaisir à partager mes connaissances et à construire des stratégies efficientes avec mes interlocuteurs.
Atteindre les objectifs ambitieux fixés avec notre équipe impliquée est aussi une belle satisfaction.
Ce que j’aime le moins dans mon métier ? L’intensité dictée par un contexte noms de domaine toujours plus complexe peut fatiguer. Je n’ai pas le souvenir d’avoir vécu une année aussi dure que celle-ci. Il faut préserver du temps pour ceux qu’on aime, pour soi, et ne pas réagir trop à chaud.
Bref, il faut arriver à tenir le rythme effréné intelligemment même si j’avoue m’en nourrir aussi.

Tu as participé toujours aux évènements de l’ICANN et de l’INTA, es si je me trompe vous venez de participer aussi au 51eme réunion de l’ICANN. N’est-ce pas ? Peux-tu nous citer quelques avantages ?

Nous avons fait le choix de développer une expertise NewgTLDs avec ProDomaines pour accompagner des porteurs de projets (ex : .AQUITAINE, .LECLERC…) et distribuer l’ensemble des nouvelles extensions internet (ex : .BIO, .BZH, .IMMO…). Nous commercialisons également la technologie Keep Alert au niveau mondial.
Cette stratégie nous engage à participer aux sommets ICANN et à l’INTA. L’autorité mondiale de régulation des noms de domaine ICANN réunit trois fois par an les membres de son industrie (autour de 2 500 participants en moyenne) un peu partout dans le monde (Buenos Aires, Costa Rica, Dakar, Durban, Londres, Pékin, Prague, Singapour, Toronto…) et donc récemment Los Angeles pour sa 51ième édition. C’est l’occasion d’être à la pointe de l’actualité, d’être présent là où les décisions sont prises mais aussi d’accroitre et consolider un réseau international.
L’INTA réunit 10 000 professionnels de la marque une fois par an. Nous y présentons chaque année notre livre blanc sur le cybersquatting des noms de domaine basés sur 5 000 décisions extrajudiciaires rendues l’année précédente (cf http://sys.to/cyb13). Après Washington, Dallas ou Hong-Kong, la prochaine édition a lieu à San Diego. L’avantage de cet évènement est de pouvoir enchaîner les rendez-vous avec l’ensemble de nos contacts internationaux mais aussi les français que nous n’arrivons pas à voir à Paris !
J’apprécie de pouvoir découvrir autant de pays dans le monde grâce à mon travail même si on souhaiterai de disposer plus de temps pour visiter.

A propos des noms de domaine et SEO

SEO

-En 2012, l’organisation ICANN ou Internet Corporation for Assigned Names and Numbers qui gère et régule les noms de domaine sur le web a accepté que des entreprises proposent de nouvelles extensions comme : .voyage, .resaurant, .paris, .social comme mon nom de domaine. Donc peux-tu nous en dire plus sur cette nouvelle extension et d’où viennent-elles ?

Ce programme a mis très longtemps à accoucher depuis les premières discussions actives en 2008.
1 930 candidatures initiales ont été soumises à l’ICANN en 2012 ce qui est considérable face aux 300 extensions historiques. En 2013, l’ICANN a commencé à valider les dossiers des candidats qui ont pu débuter la commercialisation des noms de domaine dans ces NewgTLDs. Plus de 400 sont disponibles depuis 2014 et on en attend autant en 2015. Les derniers lancements de ce premier round sont prévus mi 2017.
Le bilan statistique des noms de domaine déposés dans les nouvelles extensions internet est très loin des attentes. En novembre 2014, seulement 3 millions de noms de domaine sont déposés dans les NewgTLDs, cf classement des extensions http://www.prodomaines.com/classement-extensions-noms-domaine
L’ICANN a envisagé initialement 33 millions de dépôts dans les NewgTLDs en 2015. Ce chiffre a été revu à la baisse à 15 millions dans son budget. Il s’agit d’une estimation encore haute quand l’ensemble des NewgTLDs ne représentent en novembre 2014 que 3 millions de dépôts, soit à peine 1 % de l’ensemble des noms de domaine enregistrés dans le monde. Le .COM a enregistré plus de noms de domaine à lui tout seul en un an que les 400 NewgTLDs réunis en 2014.

Conseilles-tu l’enregistrement des noms de domaine sur ces nouvelles extensions ou bien rester sur le générique comme .com ?
Si vous avez un .COM, il faut bien entendu le conserver. Cette extension reste la plus populaire : 117 millions sur 280 millions. Le .COM représente 42 % des enregistrements mondiaux. Malgré l’arrivée des NewgTLDs, le .COM conserve et consolide son rôle d’extension symbole d’internet partout dans le monde.
Le .COM est confronté à une saturation qui a entrainé une forte activité de rachats de noms de domaine sur le second marché. Chez ProDomaines, on rachète chaque jour un nom de domaine pour un client et le .COM représente 75 % des rachats souhaités par les demandeurs.
Cependant, je trouve que les NewgTLDs offrent de belles opportunités de noms de domaine disponibles. Nous avons obtenu pour un producteur agricole des Landes le nom de domaine www.legume.bio. Il est ravi et cette adresse internet me semble parfaite pour vendre prochainement des légumes de l’agriculture biologique sur internet.
Autre exemple, un architecte dont le patronyme est Rio. Impossible pour lui d’avoir rio.com, .FR ou n’importe quel suffixe historique. Pour la première fois de sa vie, nous lui avons obtenu www.rio.archi qui correspond à son métier et à son nom. Il est ravi d’envoyer maintenant des mails avec son adresse en .ARCHI.
Pour moi, les NewgTLDs ouvrent de nouveaux territoires numériques vierges d’enregistrements. Elles sont idéales pour de nouveaux projets où vous ne trouvez plus de noms disponibles abordables.

Est ce que ce genre d’extension coute plus cher que les autres extensions standard ?
Comme pour les extensions classiques, le prix d’achat pour les bureaux d’enregistrement varient selon les registres qui distribuent l’extension. Nous sommes accrédités auprès de Donuts positionné sur 300 NewgTLDs. Nous achetons le .IMMO 20 $ et le revendons 35 €, nous payons 35 € le .BZH que nous commercialisons 49 €. Nous déboursons 400 $ pour le .LUXURY revendu 399 euros chez nous.
Dans le prix vente de nom de domaine par un registrar, vous avez son prix d’achat, les services associés (redirection, mail, hébergement, support…) et sa marge commerciale.

Comment le pays comme le notre : MADAGASCAR pourra bénéficier de cette nouvelle extension ? Et si je voudrais créer une extension comme .SEO (ex : angelotronald.seo) dois-je contacter l’ICANN ou une agence comme la votre?
Madagascar dispose déjà de son extension nationale en .MG opérée par le registre national nic.mg qui accrédite des bureaux d’enregistrements officiels.
Beaucoup de personnes sont intéressées pour créer leur propre extension internet. Le premier round d’ouverture est fini. Il n’y aura pas de second round objectivement avant 2018. Il faudra cependant disposer de fonds importants pour se lancer. Sans 300 000 euros (dont 185 000 dollars de frais ICANN), il est très compliqué de monter un dossier solide.
A partir de 2018, vous pourrez soumettre votre dossier soit directement à l’ICANN, soit en vous adressant à des experts comme nous pour construire votre dossier. De mon point de vue, il y aura peu de nouvelles extensions purement génériques (les meilleures sont parties au 1er round). Il y aura surtout de nouvelles extensions attachées à un territoire (ex : .LYON) et des autres .MARQUES (ex : .COCACOLA, .FACEBOOK).

Quels impacts des nouvelles extensions sur la visibilité des moteurs de recherche ? Et est ce que les backlink des domaines .gov, .com, .org, .net auront toujours le même intérêt ?
Google confirme systématiquement que les nouvelles extensions internet sont considérées comme des extensions classiques. Il n’y a donc pas un traitement négatif de la part du moteur de recherche qui s’est d’ailleurs positionné pour obtenir une centaine d’extensions pour lui.
Nous avons à peine un an de retour d’expériences sur ces nouvelles adresses internet quand le premier .COM date de 1985 !
Les backlinks de noms de domaine reconnus et de référence dans leur secteur sont toujours extrêmement intéressants. Nous le constatons aussi pour notre activité ProDomaines. Depuis que nous sommes accrédités par l’ICANN, l’Afnic ou l’EURid, notre référencement naturel n’est que meilleur.

As-tu d’autre chose à nous dire ?
Très bien ton nouveau nom de domaine en .SOCIAL : http://www.sakilo.social. Tu montres l’exemple d’usage d’un nom de domaine dans un NewgTLD ;-)

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